Sophie Géhin
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January 3, 2026
En 1826, lorsque Nicéphore Niépce parvient à fixer une image sur une plaque d’étain, il ne cherche pas à créer un art. Il cherche à garder une trace, à retenir le réel, à lutter contre l’oubli. Deux cents ans plus tard, la photographie est partout : dans nos poches, sur nos écrans, dans nos flux incessants d’images.
Et pourtant, jamais le rôle du photographe n’a été aussi questionné… ni aussi fondamental.
Cet article inaugure l’année 2026 en mettant en perspective 200 ans d’histoire de la photographie et l’évolution profonde du métier de photographe : de technicien scientifique à témoin social, d’artisan de la lumière à passeur de sens. Une traversée historique pour mieux comprendre pourquoi, à l’ère de l’image instantanée, le photographe professionnel reste un repère essentiel.
À son origine, la photographie n’est ni décorative ni émotionnelle. Elle est expérimentale. Le temps de pose est long, la technique lourde, l’acte rare. Photographier, c’est observer le monde avec rigueur.
Rapidement, le portrait s’impose comme un usage majeur. Dans une société encore marquée par la peinture, la photographie offre quelque chose de nouveau : une ressemblance exacte, accessible à des classes sociales jusque-là exclues du portrait peint.
Le photographe est alors avant tout un opérateur, garant du procédé chimique. Mais déjà, un glissement s’opère : choisir un cadrage, une posture, une lumière, c’est interpréter.
Avec l’essor des studios et la démocratisation du daguerréotype, le portrait devient un acte social fort. Être photographié, c’est exister aux yeux du monde.
Des figures comme Nadar font basculer la photographie de la simple reproduction vers une lecture psychologique du sujet. Il ne s’agit plus seulement de montrer un visage, mais de révéler une présence.
Le rôle du photographe change :
Déjà, le photographe devient intermédiaire entre l’être et son image.
Au fil du XXᵉ siècle, la photographie quitte le studio pour investir la rue, la guerre, la mode, la famille, l’entreprise. Elle devient témoignage, preuve, mémoire collective.
Le photographe est désormais un auteur, parfois engagé, parfois invisible, mais toujours porteur d’un point de vue.
Dans le portrait, cette évolution est majeure :
La photographie raconte des histoires. Elle façonne notre manière de voir le monde… et nous-mêmes.
Aujourd’hui, nous produisons plus d’images en une journée que tout le XIXᵉ siècle en une décennie. L’acte photographique est devenu instantané, presque automatique.
Mais cette profusion crée un paradoxe : plus il y a d’images, plus le sens se dilue.
C’est ici que le rôle du photographe professionnel devient crucial.
Il n’est plus celui qui “sait utiliser un appareil”. Il est celui qui :
Le photographe contemporain est un révélateur, au sens presque alchimique du terme.
Dans le portrait – qu’il soit familial, professionnel ou intime – le photographe joue un rôle clé dans la construction de l’image de soi.
Son travail ne se limite pas à produire une belle image ; il engage :
À l’heure des réseaux sociaux, de la marque personnelle et de la quête d’authenticité, le photographe est un médiateur de confiance. Il aide à aligner l’image extérieure avec l’identité intérieure.
Depuis 1826, la photographie n’a cessé d’évoluer. Les procédés ont changé, les supports se sont transformés, les usages se sont accélérés. Mais une constante demeure : le besoin humain de laisser une trace, d’être vu, reconnu, transmis.
Comprendre l’histoire de la photographie n’est pas un luxe intellectuel. C’est un socle fondamental. Elle éclaire le présent, donne de la profondeur aux images et rappelle que chaque portrait s’inscrit dans une longue filiation de regards, de gestes et d’intentions.
Un photographe qui connaît son histoire ne produit pas seulement des images : il sait d’où il vient, ce qu’il prolonge et ce qu’il choisit de transformer.
Au Studio Géhin, cette conscience historique fait partie intégrante du métier. Le regard qui s’y exprime s’est façonné au contact de cette culture photographique, nourrie par deux siècles d’expérimentations, de portraits, de recherches sur la lumière, le lien humain et la représentation de soi. Cette connaissance permet d’exercer aujourd’hui une photographie à la fois contemporaine, exigeante et profondément humaine.
Deux cents ans après la première image de Niépce, le rôle du photographe n’est donc pas affaibli par la profusion d’images. Il est renforcé. Plus que jamais, il est celui qui relie l’histoire au présent, la technique au sens, l’image à l’être.